J’ai récemment retrouvé une vieille composition que j’avais complètement oubliée. La composition en elle-même n’a rien d’exceptionnel, mais elle m’amené à réfléchir à la question de l’apprentissage de la théorie. J’ai jugé que le sujet vous intéresserait probablement car c’est une question souvent posée par les gens qui apprennent la musique. Voici ce que j’en pense.

(Cliquez ici pour le fichier MP3 de l’exemple, et pour la tablature.)

A l’époque de cette composition, je ne connaissais que très peu la théorie. J’écoutais en revanche beaucoup la Passacaille de Jean-Sébastien Bach. J’ai certes toujours voulu comprendre les gammes, les modes et les cadences, mais tout me paraissait beaucoup trop abstrait et compliqué.

J’aurais pourtant déjà pu commencer mon initiation si j’avais trouvé l’approche simplifiée que j’ai découverte par la suite (je vous en ai déjà parlé, ici ou ). Mais, comme ce déclic n’a pas eu lieu, je ne m’y suis jamais mis sérieusement. Cette attitude est en réalité la bonne. N’apprenez rien en musique si cela ne vous motive pas.

Vous infliger un apprentissage dont vous ne voyez pas l’utilité concrète risquerait de vous dégoûter, et c’est ce qui arrive couramment dans les conservatoires. Qui n’a pas déjà entendu une connaissance dire : “J’ai abandonné le piano car mon professeur me faisait jouer du classique et ça ne me motivait pas.” ?

Mais intéressons-nous à l’exemple dont je parlais. La composition est simple, elle est en deux parties. Le producteur du groupe a beaucoup brodé à l’aide d’effets audio, mais cela ne change rien à la composition originelle à la guitare.

Partie A (0:00 - 1:08)

Voici la grille d’accords :

Do min    Do min    Do min/Fa  Do min/Sol
Lab maj7  Lab maj7  Lab maj7   Lab maj7
Lab maj7  Lab maj7  Sol7       Sol7
Lab       Lab       Sol7       Sol7
Lab       Lab       Sol7       Sol7
Lab       Lab       Si dim     Si dim

Nous avons ici des arpèges sombres. Ils soulignent les accords Do mineur, Lab majeur 7, Sol 7 et Si diminué. Ce son est typique du mode harmonique mineur. Il est très austère et s’entend beaucoup dans le classique : dans le morceau de Bach que je citais tout à l’heure, par exemple. Ce qu’il s’est passé est que j’ai tellement bien assimilé cette couleur à force d’écouter et d’essayer de jouer des morceaux qui l’utilisent, qu’elle est ressortie spontanément dans ma composition. C’est la première étape : théorie ou non, il faut écouter et jouer beaucoup de morceaux différents, pour s’imprégner de musique.

Partie B (1:09 - 1:37)

B1, répété trois fois :
Lab maj7  Lab maj7  Lab maj7  Lab maj7
Do min7   Do min7   Sib       Sib

B2 :
Sib       Sib       Si dim    Si dim

La seconde est de pouvoir mettre un nom sur ce que l’on fait. Sentez-vous à quel point l’ambiance du morceau change dans la partie B ? Nous étions dans la gamme de Do mineur harmonique. Nous entendons désormais : Lab majeur 7, Do mineur 7, Si bémol majeur. Or Si bémol n’appartient pas à la gamme de Do harmonique mineur, c’est Si naturel qu’on trouve dans cette dernière. Par conséquent, Si bémol, qui est dans l’accord de Do mineur 7, ainsi que dans l’accord de Si bémol majeur, implique une autre gamme.

Il s’agit de Do mineur naturel. (Le mineur naturel est le mode mineur le plus courant. Il a une couleur triste mais moins sombre que le mineur harmonique.) Nous avons donc pivoté en prenant comme point de départ l’accord de Lab majeur 7, commun aux deux modes. C’est ce qui s’appelle une modulation. Lorsqu’un morceau quitte une gamme pour une autre, on dit qu’il module.

Verdict

Je trouve cette modulation remarquable car je répète qu’à l’époque je ne savais pas du tout ce que je faisais ! Je tâtonnais simplement et l’inspiration m’a amené à un résultat musical, à force d’avoir écouté et imité ce qui me plaisait pendant des mois. Il est donc tout à fait possible, sans connaissance théorique, d’écrire un morceau qui utilise des principes théoriques avancés comme la modulation !

Mais la théorie est utile en ce qu’elle me permet de comprendre maintenant quels artifices j’ai utilisés. Désormais, lorsque j’écoute, joue, ou compose de la musique, ma vie est simplifiée grâce à ces outils. Je suis comme un peintre qui n’aurait pas à réinventer la perspective à chaque nouvelle toile. Cela m’aide aussi pour communiquer avec d’autres musiciens.

Bref, de cette manière, la théorie permet, au final, de décupler le plaisir ! Qui l’eût cru ? Apprenez donc la théorie, mais seulement quand vous en avez un besoin concret !

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas visible. Les champs obligatoires sont marqués *

Chargement...